Mes années à Glasgow : concerts, musées et full Scottish breakfast

Dans le premier épisode de cette série, je vous racontais mon départ pour les îles Shetland, qui ne s’était pas du tout passé comme prévu, puis mon retour à Nice, entre maîtrise, DEA et petits boulots. Je m’étais réinscrite à l’université dans un seul but : redevenir assistante de langue. Et je rêvais de Glasgow, sans trop y croire.
Cette fois, le rêve est devenu réalité. Voici mes années écossaises : des salles de classe aux salles de concert, d’un musée devenu mon refuge à une passion inattendue pour la cuisine britannique.
Glasgow : la ville dont je rêvais
Un poste inespéré
Mon dossier envoyé, j’ai reçu une réponse m’informant que j’étais placée sur liste d’attente. Autrement dit, je ne recevrais d’affectation qu’une fois tous les autres candidats placés.
Pour être honnête, à ce stade, je n’avais pas grand espoir d’être prise et j’ai été d’autant plus ravie quand j’ai appris qu’on m’avait confié un poste non seulement à Glasgow, mais aussi dans la deuxième plus grande école de la ville, qui abritait le département de langues le plus important de toute l’Écosse.
J’ai fait un bond de joie et j’ai accepté quasiment tout de suite, même si ça a impliqué de mettre un terme à la relation que j’avais à l’époque. Qui plus est, j’ai dû quitter le réseau que je commençais à construire à Nice, ainsi qu’un appartement que je louais depuis plus de deux ans dans un quartier très calme, près du ravissant parc Chambrun.

La route des Highlands
Fin août 2006, j’ai donc débarqué sur le territoire écossais pour la deuxième fois de ma vie.
Mes valises posées dans ma colocation de Dennistoun, quartier en pleine gentrification de l’est de Glasgow, j’ai profité de quelques jours de battement avant la reprise du travail pour explorer la ville.
J’ai tout de suite été conquise par l’animation constante de cette ville vibrante.


Fausse note toutefois, cette première semaine si excitante s’est achevée, le dimanche 3 septembre, par un road trip dans les Highlands qui s’est conclu sur une tragédie : en surgissant d’un virage, un conducteur a percuté notre voiture de plein fouet. Si nous nous en sommes tirés relativement indemnes, lui-même n’a pas eu cette chance et est décédé à l’hôpital le lendemain.
Quand le corps se souvient
Ça a été une expérience marquante pour moi, parce que je n’ai pas su gérer le traumatisme. Prise par le tourbillon des découvertes culturelles dans cette nouvelle ville, j’ai enchaîné mon travail à la Shawlands Academy, les sorties, les concerts, les promenades et les cours d’espagnol pour adultes… sans véritablement digérer le fait que j’avais frôlé la mort.
Les premiers symptômes de choc sont apparus un an après et pendant plusieurs années, j’ai eu du mal à voyager, je n’ai plus pu tolérer certains bruits métalliques et j’ai eu des absences régulières.
20 ans plus tard, il m’arrivait encore d’avoir des montées de sueur incontrôlées pendant lesquelles je me retrouvais à nouveau sur cette route des Highlands, entre les épaves de nos deux voitures, alors que l’autre conducteur hurlait dans son habitacle.
Je me sens mieux à présent. Je peux y repenser sans avoir des sueurs froides. Écrire un roman dont l’héroïne s’enfuit, elle aussi, dans des rêveries éveillées s’est également avéré thérapeutique.
Un assistanat passionnant
Durant ces deux années, je suis passée par plusieurs établissements scolaires.
Shawlands Academy : le centre linguistique

Si ce collège-lycée du sud de la ville n’était pas le plus grand établissement d’Écosse, il abritait pourtant le département linguistique le plus vaste du pays, notamment parce qu’il permettait aux élèves issus de l’immigration de suivre des cours d’ourdou, mais aussi parce qu’il possédait un centre d’enseignement de l’anglais langue étrangère.
Au sein de l’Academy, j’assistais les enseignantes au quotidien, de la première année de collège jusqu’à la dernière année de lycée, une classe optionnelle qui ne comptait plus que deux élèves en fin d’année.
J’ai également eu l’occasion de visiter l’école primaire associée, pour me familiariser avec le programme des débutants.
Enfin, quelques semaines après le début de mon contrat, on m’a proposé d’enregistrer une méthode de langues pour ces classes de primaire, qui ne possédaient pas de manuel. Avec trois autres assistants francophones, j’ai passé deux jours dans un studio d’enregistrement, à poser ma voix sur des dialogues et des phrases illustrant des points de grammaire.
Je garde un excellent souvenir de cette expérience, qui m’a inspiré le décor feutré d’un studio d’enregistrement dans un roman que j’ai écrit.
Smithycroft Secondary School
La deuxième année, Smithycroft a représenté une expérience différente. Fini la traversée de la Clyde cinq jours par semaine : trois jours sur cinq, je prenais le bus vers le nord-est, pour quelques arrêts seulement. Les écoles primaires, elles aussi, étaient différentes. Je me souviens d’une école en préfabriqué construite au bord d’une voie rapide. Le bruit était assourdissant.
Le collège-lycée étant situé juste à côté de Barlinnie, la plus grande prison d’Écosse, les adultes se permettaient souvent de petites plaisanteries sur l’avenir des élèves. Je trouvais la blague lourde.
Cette année a tout de même compté plusieurs points positifs qui ont fait évoluer mes compétences.
D’abord, j’ai postulé pour des heures supplémentaires. On m’a confié des cours particuliers d’anglais pour une élève française récemment arrivée en Écosse, qui attendait une place au centre d’anglais langue étrangère. Elle l’a obtenue après quelques semaines de travail ensemble.
Ensuite, mon responsable m’a confié, en autonomie, l’unique élève de français de niveau terminale (Advanced Higher) que l’école ait jamais eue. Au programme : le roman Le Sang des autres de Simone de Beauvoir. J’ai été extrêmement fière des progrès de mon élève, qui a réussi son examen haut la main.

Enfin, durant les semaines plus calmes des révisions d’examen, j’ai profité des trous de mon emploi du temps pour aider le bibliothécaire à mettre son catalogue à jour pour la mise en place du programme Accelerated Reader. Le concept : l’élève lit un livre, répond à des questions en ligne sur la plateforme et gagne des points qui lui font gravir les échelons. Une belle initiative pour encourager les jeunes à lire… et une expérience de plus en bibliothèque pour moi.
Glasgow, capitale culturelle
Théâtre et grandes soirées
Restons sur le positif. Durant ces deux années écossaises, mon emploi d’assistante de langues payait bien. Mon loyer était abordable. Il me restait suffisamment d’argent de poche à la fin du mois pour pouvoir profiter de la vie culturelle de cette ville en perpétuelle effervescence.
J’ai pu me rendre au théâtre à plusieurs reprises, notamment pour voir The Bacchae, avec l’acteur Alan Cumming.
La scène metal et gothique
Vous l’aviez peut-être deviné en voyant d’anciennes photographies : j’aime la musique et les scènes alternatives. À Glasgow, la scène metal et gothique était extraordinaire, avec des concerts toutes les semaines. J’ai vu toute une série de groupes, dont Amon Amarth, Enslaved, Mayhem, Morbid Angel et Gorgoroth. C’est au Cathouse, une boîte de nuit et salle de concert du centre-ville, que j’ai croisé pour la première fois Gaahl, un chanteur de black metal qui s’est depuis reconverti dans la création artistique. Pour la petite histoire, j’ai vécu trois ans dans la région dont il est originaire, et j’ai donc débarqué à Bergen en parlant le même dialecte que lui.

La Burrell Collection, mon refuge du week-end
C’est au cours de ma deuxième année que j’ai découvert mon musée préféré : la collection Burrell, située au milieu d’un parc au sud de la ville. Pendant des mois entiers, je m’y suis rendue tous les week-ends. J’ai même postulé pour devenir guide bénévole, chose que je n’ai pas pu faire avant de quitter Glasgow, à mon grand regret.
Aujourd’hui encore, le livre du musée reste une de mes possessions les plus précieuses.
La cuisine britannique, déclaration d’amour d’une Française
Mes premières leçons aux Shetland
Il est rare d’entendre une Française dire qu’elle apprécie la cuisine britannique, mais je ne mens pas.
Je le dois en partie à ma deuxième logeuse aux Shetland, qui nous faisait des repas copieux tous les jours et m’a appris à préparer des dumplings ainsi que des Yorkshire puddings, ces sortes de petits flans qu’on recouvrait de gravy avant de les manger avec des légumes-vapeur.
Le full Scottish breakfast, mon rituel du week-end
Plus tard, je me suis découvert une vraie passion pour le full Scottish breakfast (mais sans le carré de saucisse rose, à la texture et au goût trop artificiels pour moi).
En fait, les protéines et le gras au brunch du week-end, ça vous tient pendant des heures entières. J’ai conservé l’habitude de manger salé le matin.
Petit tour gourmand de l’Écosse
Le haggis, le crumble, le black pudding, le sticky toffee pudding de Heinz (en boîte de conserve, pourquoi pas ? Hélas, il n’existe plus), les scones, les tattie scones, le Christmas pudding à la crème au brandy, les plats de poisson ou encore une bonne bouteille d’Innis & Gunn pendant une chaude journée d’été à Édimbourg…
C’est alléchant, n’est-ce pas ?
Ce que Glasgow m’a laissé
Glasgow m’a appris à enseigner, à transmettre une langue et une culture à des élèves qui ne l’avaient pas toujours choisie, et à trouver ma place dans une ville qui ne dort jamais vraiment. J’y ai aussi vécu mes premières expériences en bibliothèque scolaire et ma rencontre avec un musée qui ne m’a plus quittée.
Mais la Norvège m’appelait toujours. Les groupes venus du Nord que j’applaudissais au Cathouse n’y étaient sans doute pas pour rien.
Si vous aussi, vous avez été assistant ou assistante de langue à l’étranger, racontez-moi votre expérience sur Instagram.
Dans le prochain épisode, je vous emmène enfin à Bergen, et dans les coulisses de mon apprentissage du norvégien, jusqu’au niveau C1.