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Culture & langues

Bergen, enfin : comment j’ai appris le norvégien jusqu’au C1

Chaussures de randonnée posées dans la bruyère, au-dessus d’un fjord norvégien

Dans les deux premiers épisodes de cette série, je vous ai raconté mon premier départ aux îles Shetland, puis mes années à Glasgow, entre salles de classe, concerts et musées. Dès les Shetland, j’avais pourtant un autre projet en tête : rejoindre Bergen à la fin de mon contrat. Il m’aura fallu presque dix ans pour poser mes valises en Norvège, et encore trois de plus pour vivre à Bergen.

Voici comment j’y suis enfin arrivée, et comment j’ai appris le norvégien, des cours du soir dans un village du Sunnfjord jusqu’au Bergenstesten, l’examen de norvégien de niveau avancé.

Le rêve des Shetland devient réalité

Je n’avais pas oublié la Norvège. Elle m’appelait de plus en plus fort.

Pourquoi la Norvège, et pourquoi Bergen ?

Mon parcours a commencé par l’espagnol, puis a continué dans le monde anglophone. Mais quel rapport avec la Norvège ?

Au départ, c’est la culture qui m’a attirée : les chansons d’a-ha, les sagas, cette langue germanique plutôt chantante.

En 2008 et 2009, j’ai effectué deux séjours autour de l’Inferno Metal Festival. L’un des plus grands festivals de metal d’Europe, il a lieu chaque année à Oslo pendant la semaine de Pâques.

La première année, Oslo m’a refroidie : une grande ville froide, une langue que je ne maîtrisais pas encore, une neige glissante. Le poste d’enseignante qu’on m’avait proposé n’était qu’à mi-temps, et le coût de la vie m’aurait obligée à trouver au moins un autre emploi alimentaire pour m’en sortir.

J’ai donc remis beaucoup de choses en question, tout en me raccrochant à mon projet : je ne voulais pas le laisser filer après une seule mauvaise expérience.

La deuxième année a été très différente. J’ai d’abord passé quelques jours à Bergen, avec la chance d’avoir du soleil pendant plusieurs heures. Au fil des ruelles, je suis tombée sous le charme de cette petite ville dans laquelle je vis à présent.

Selfie d’Angélique Olivia au sommet du mont Fløyen, devant des sapins
Au sommet du mont Fløyen, à Bergen, à Pâques 2009.

Puis j’ai traversé le pays en train pour me rendre à Oslo et assister au tout premier concert de Wardruna, au musée des bateaux vikings de Bygdøy.

Le soleil a brillé pendant mes visites des musées. Je maîtrisais mieux les bases de la langue. J’envisageais un futur dans ce pays.

Œuf de Pâques peint en poussin musicien de metal, exposé devant l’affiche orange de l’Inferno Metal Festival 2009
Un œuf de Pâques peint en poussin metalleux, exposé à Oslo devant l’affiche de l’Inferno 2009.

Les premiers mois : tout recommencer, une fois de plus

Mon passeport pour la Norvège ? Un projet que j’entretenais depuis 2003. En cherchant sur Internet un moyen de partir vivre en Norvège pendant plusieurs mois, j’avais découvert le service volontaire européen (SVE, ou EVS en anglais, pour European Voluntary Service).

L’un des projets les plus intéressants se trouvait à Dale i Sunnfjord, dans l’ancien comté de Sogn og Fjordane, à une quinzaine de kilomètres de l’UWC Red Cross Nordic, l’un des lycées internationaux les plus prisés du monde.

Certes, donner plusieurs mois de son temps à des projets culturels locaux représentait un sacrifice financier.

D’un autre côté, c’était la garantie d’une immersion totale dans la culture norvégienne, de cours de langue et d’un premier réseau.

En 2010, je me suis donc envolée vers Oslo, puis vers Førde, à une heure environ de Dale, dans le plus petit avion que j’aie jamais pris, pour effectuer mon service volontaire européen.

Le Fjalerhuset, bâtiment municipal de Dale, sous la neige, au pied de la montagne
Le Fjalerhuset, à Dale : la mairie et la bibliothèque où j’ai passé une douzaine d’heures par semaine pendant mon année de volontariat.

Apprendre le norvégien : de zéro au niveau C1

Par souci d’honnêteté, j’avoue que je brode un peu la réalité pour les besoins de ce titre.

En réalité, je suis arrivée en Norvège en maîtrisant déjà, au niveau passif, la majeure partie du vocabulaire de niveau A2 et une bonne partie du B1, voire du B2 : la syntaxe ne diffère finalement que très peu de l’anglais.

Dans le cadre de mon volontariat, j’ai suivi des cours du soir tous les lundis pendant deux mois et demi, et je passais le reste de mes journées en immersion quasi totale, même si je parlais souvent anglais pour me faire comprendre.

Angélique Olivia souriante derrière le comptoir à gâteaux du café de la maison Jakob Sande, à Dale
Le café du dimanche, l’été, dans l’ancienne maison du poète Jakob Sande devenue musée : une bonne occasion de parler norvégien.

Les débuts : bokmål, nynorsk et dialecte de Dale, puis de Bergen

C’est durant mes premiers mois à Dale que le véritable choc culturel m’a frappée de plein fouet : la Norvège compte une multitude de dialectes. On dit souvent qu’il existe autant de façons de parler le norvégien que de Norvégiens.

Dans la vie quotidienne, même les pronoms changent de village en village. Même une montagne change de nom, selon le versant sur lequel on se trouve.

Quand « nous » se dit vi de notre côté de la montagne, on dit me dans le village suivant.

Un avantage tout de même : une fois qu’on a appris un dialecte proche du nynorsk (la norme écrite reconstruite à partir des dialectes ruraux), on n’a plus aucun mal à comprendre les habitants d’Oslo, avec leur diction claire, ni même ceux de Trondheim et leur manière si particulière de chuinter certaines syllabes.

Trois ans plus tard, mon intégration à Bergen s’est mieux passée, car on y parle un dialecte plus facile à comprendre, avec une prononciation du « r » et une prosodie qui ressemblent beaucoup au français.

Le Bergenstesten en 2013

Le début de l’année 2013 aurait dû marquer une consécration. J’avais en effet pour projet de passer le Bergenstesten, l’examen écrit qui atteste d’une maîtrise avancée du norvégien et qui est exigé pour entrer à l’université (mon projet de l’époque).

Au programme : de la compréhension écrite, des questions de compréhension orale, un point de grammaire et une dissertation.

J’ai raté la dissertation de peu, faute de m’être entraînée. Il a fallu repasser tout le test.

Déception… mais je ne me suis pas laissée abattre. J’ai cherché des annales, j’ai appris par cœur des listes de vocabulaire thématique, j’ai rédigé une bonne vingtaine de textes d’entraînement sur des sujets variés et j’ai finalement décroché ce test, au niveau C1, à la session suivante.

Comme je n’ai finalement pas repris mes études après mon déménagement à Bergen, ce diplôme ne m’a pas servi tout de suite. Le bénéfice immédiat, c’est le bond que mes compétences linguistiques ont fait pendant ces mois de révision.

Professionnellement, c’est la garantie de ma maîtrise du norvégien, et avec elle, de bases relativement avancées en danois et en suédois.

Penser, rêver, traduire en trois langues

Au quotidien, le norvégien fait partie de ma vie, même si je passe la majeure partie de mon temps devant mon ordinateur. Le français et l’anglais sont mes deux langues d’usage, mais j’écoute souvent la radio en norvégien, j’ai une application qui me permet d’emprunter des livres de ma bibliothèque locale au format numérique, et je consulte les gros titres de Bergens Tidende absolument tous les jours.

Cela dit, je fais toujours quelques erreurs bêtes.

Une de mes anecdotes favorites : en parcourant la liste des romans disponibles sur mon application de bibliothèque, je suis tombée sur un polar de la célèbre Karin Fossum, intitulé Helvetesilden. Fatiguée, j’ai lu le titre un peu trop vite. « Le hareng de l’enfer » ? Intrigant… d’autant que la couverture montrait un véhicule qui ressemblait à un camion de street food.

En fait, je vous rassure, il s’agissait du feu de l’enfer (helvetes ild, et non helvetes sild), et le camion était une caravane.

Illustration : une femme lit Helvetesilden sur son téléphone et imagine un camion de nourriture, alors que la couverture montre une caravane
Le hareng de l’enfer… ou le feu de l’enfer ? Illustration créée avec ChatGPT.

Should’ve gone to Specsavers, diraient les anglophones.

Une langue apprise, une vie à construire

Le norvégien est devenu ma troisième langue de travail, et Bergen, ma ville. Mais apprendre une langue ne suffit pas pour vivre dans un pays : il faut aussi y gagner sa vie, affronter ses hivers et apprivoiser sa table.

Si vous avez un texte norvégien qui doit trouver sa voix en français, vous trouverez le détail de mon travail sur ma page services de traduction.

Dans le dernier épisode de cette série, je vous raconte comment je suis devenue traductrice ici, et tout ce que l’on ne vous dit pas sur la vie quotidienne en Norvège.

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Angélique Olivia

Angélique Olivia MoreauLinguiste et traductrice installée à Bergen, en Norvège : je construis des ponts entre les langues, la culture et la façon dont nous organisons nos vies.

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