Any architectural work that does not express serenity is an error.
À l’époque où je suivais une formation de Condé Nast sur l’industrie de la mode, j’accumulais les citations sur le style, la photographie et l’architecture. Je suis tombée par hasard sur cette citation de Luis Barragán (1902–1988), architecte mexicain moderniste.
Elle se traduit par : toute œuvre architecturale qui n’exprime pas la sérénité est une erreur.
Spontanément (et même si je suis une grande fan du brutalisme et des cathédrales gothiques), je serais plutôt d’accord. Un espace de vie qui agite ou te coupe dans tes élans est une erreur.
En même temps, après avoir exploré l’architecture de Barragán, je n’ai pas toujours trouvé dans celle-ci l’apaisement qu’il prône.
Certaines images me laissent un sentiment étrange : celui de pénétrer dans une œuvre d’art, pas dans une maison.
Alors, j’ai gardé la phrase dans mes citations, et elle ouvre maintenant une réflexion sur la sérénité dans le design d’espaces physiques ou numériques.
Barragán, ou la sérénité orchestrée
Architecte de l’expérience intérieure et de l’art du paysage, Barragán construit son travail sur l’art du seuil qui ouvre sur des espaces liminaires. Les pièces sont sculptées par les ombres et la lumière, et les couleurs sont une décision structurelle, pas un décor.
L’objectif : provoquer la sensation du sacré.
Je le connais bien, et je le ressentirai certainement si je me déplaçais au Mexique pour voir sa maison et la Casa Gilardi.

En l’état, mon ambivalence naît du fait que je reconnais l’intention, que je vois la maîtrise… toutefois, je ne me sens pas toujours bien face à ces espaces, même à travers des photos.
C’est un peu la même sensation que j’ai ressentie en visitant à plusieurs reprises la chapelle du Rosaire de Vence, conçue et décorée par Henri Matisse pour les sœurs dominicaines. L’endroit est aéré, agréable, propice à la contemplation… mais une fois que ta pote te fait remarquer que les carreaux font penser à sa salle de bains, ça y est… tu ne regardes plus jamais l’endroit de la même manière.
Pourquoi la citation me touche, malgré tout
La sérénité comme sécurité, pas comme esthétique
Car quand je pense au mot sérénité, je n’entends pas d’abord le minimalisme, ni une palette neutre ni un silence monacal.
J’entends la sécurité.
L’absence d’angoisse.
La stabilité.
Un environnement qu’on peut gérer sans intrusion, où rien ne surprend par sa brutalité.
Le bruit, s’il existe, reste contrôlé.
Personnellement, à part la collection Burrell de Glasgow, je ne trouve généralement pas la sérénité dans des bâtiments, mais dans la nature, comme en haut de la colline qui dominait le village norvégien où j’habitais, ou en me baladant dans les jardins de la colline de Cimiez à Nice.


Ce désir de sécurité se retrouve dans la façon dont je conçois les espaces numériques. La sécurité matérielle est un des socles de La Pyramide (ma méthode d’organisation propriétaire).
Qu’elles passent par Notion, Excel, Obsidian ou tout autre outil, nos données digitales sont aussi devenues des lieux dans lesquels on revient sans cesse.
À force, je perçois la sérénité comme un droit : celui d’une charge mentale réduite par le contrôle de son environnement et l’absence de choix ou de sollicitations secondaires.
Un critère radical
Dans cette perspective, j’envisage mieux la phrase de Barragán et je peux l’appliquer à mes propres designs.
Car elle ne parle pas de goût, de combinaisons de couleurs ou de styles.
Elle suggère dans l’absolu qu’un espace est objectivement mal conçu s’il produit du trouble inutile.
L’architecture (physique comme numérique) aurait donc une responsabilité envers l’être humain qui dépasse la fonctionnalité.
L’inconfort : quand l’art prend toute la place
“Je ne sais pas à quoi sert la pièce où je viens d’entrer”
C’est une phrase que j’ai écrite pendant le brainstorming pour rédiger cet article.
J’ai un peu honte, car je sais que l’art ne devrait pas être utilitaire, mais mon propos est plutôt de déterminer pourquoi une partie de moi résiste autant.
Certaines photographies de Barragán m’inspirent plutôt l’étrangeté muséale que la sérénité. L’espace est trop occupé à se regarder être un espace qu’il a du mal à me saisir aux tripes.

Si je traduis cette sensation en langage de design, je bute sur une question simple : à quoi sert la page que je viens d’afficher ? Comment puis-je y évoluer sans me sentir de trop, sans me laisser émerveiller par son ingénierie ou son esthétique ?
Couleur vive : agression ou contexte ?
Barragán a beau s’inspirer de l’art méditerranéen qui devrait me parler, je trouve que ses choix de couleurs audacieux crient quelque chose.
Certes, je comprends que ses coloris sont liés à sa culture mexicaine, et existent certainement en contraste par rapport à un environnement basé sur des teintes beiges et ocres.
Mais ce qui, chez moi, est une surcharge est peut-être ce qui sera décodé par d’autres comme un symbole sacré.
On n’est pas sécurisé par les mêmes choses.
Transposer la sérénité dans un espace digital (Notion)
Pour rendre cette phrase de Barragán opératoire, je dois me demander : que serait, dans Notion, un espace qui exprime la sérénité ?
La maîtrise du workflow
D’abord, la sérénité passe par la maîtrise.
Une bonne architecture d’outil, c’est celle qui réduit les pertes de temps : moins de clics, moins de double information (photo + texte + icônes qui veulent dire la même chose), moins d’emboîtements dans des pages et sous-pages.
Mon but : tout retrouver vite, ne rien oublier, ne rien perdre.
Je veux que tout soit à sa place, non pas par obsession de l’ordre, mais parce que c’est une promesse de sécurité.
Et cela ne passe pas par une esthétique minimaliste, mais par un classement adéquat.
La perception : ce que l’œil et le cerveau encaissent
Mon espace est passé par de nombreuses itérations : fond clair, fond sombre ; couleurs, noir sur blanc ; vues listes simples, vues galeries colorées…

Avoir documenté mon efficacité durant l’utilisation de ces différents espaces informe mes processus quand je construis des espaces destinés à d’autres personnes, en particulier des profils divergents.
Car la fatigue cognitive n’est pas un défaut, mais un paramètre de conception.
Parfois, les couleurs aident.
Parfois, elles distrayent et fatiguent.
Tout dépend de ce que tu leur associes, de ce que tu veux qu’elles t’apportent.
Une mini-grille, sans jargon
Pour tester la sérénité d’un espace, j’applique une checklist simple :
🔺 Je comprends où je suis
🔺 Je sais quoi faire ensuite
🔺 L’espace tolère ma fatigue, ma divergence, mes jours au ralenti
🔺 Ce que je vois me soutient et me tient orientée en permanence
Conclusion : que doit protéger un espace serein ?
Cette phrase de Barragán est donc à garder, même si je refuse d’en faire un dogme esthétique.
Oui, la sérénité est un critère qui, dans mes espaces Pyramide, passe par la maîtrise du workflow.
Pourtant, je ne perds jamais de vue qu’à travers l’outil ou la pierre, on accède à une dimension plus élevée de la conscience.
Alors, au fond, que protège un espace serein si ce n’est le sacré ?








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