Introduction : pourquoi parler de systèmes de classement ?
On se raconte facilement qu’on est « désorganisée », que maîtriser des systèmes de classement n’y changera rien.
Ça commence pendant l’enfance, quand on se heurte aux limites des autres.
On laisse les jouets dehors, parce que leur place, c’est sur le tapis de jeu, pas sur les étagères.
On ne sait pas comment trier ses livres.
Pourtant, dans la plupart des cas, les institutrices nous ont déjà appris à ranger nos casiers, à structurer nos idées sur le papier (les titres en rouge, les sous-titres en vert, l’intercalaire au bon endroit… tu t’en souviens certainement).
Puis, pour certaines femmes, la charge mentale s’installe, ou bien des troubles qui rendent la prise de décision, la motricité ou la perception du temps difficiles.
Ne culpabilise pas.
Dans cet article, je vais te présenter plusieurs systèmes stables pour organiser tes espaces physiques ou digitaux.
Nous verrons d’abord des méthodes qui font de la place pour virer le trop-plein épuisant. Puis je te présenterai des systèmes de classement à proprement parler.
Les objectifs ? Retrouver et étiqueter ce que tu possèdes, éviter l’accumulation et dégager du temps pour les choses qui comptent vraiment.
Les espaces les plus difficiles à gérer
Pour moi, ce sont ceux qui se réactualisent sans cesse.
Par exemple :
- la cuisine (en désordre trois fois par jour)
- ton dossier Téléchargements ou Captures d’écran
- ta boîte mail
- ton inbox dans Notion (c’est-à-dire la base de capture dans laquelle s’accumulent des notes et idées)
→ Ce sont des endroits qu’on remplit et qu’on vide en continu. Pour éviter l’accumulation, on a donc besoin d’un geste quotidien de traitement qui devient si automatique qu’il n’est pas entravé par la paralysie décisionnelle.
Les marques d’un système clair :
🔺tu sais immédiatement dans quelle catégorie placer ton élément
🔺et tu sais où cette catégorie se situe dans ton fil rouge (dans mon cas, une pyramide inspirée par la pyramide des besoins de Maslow)
Une fois la logique interne de ton système intégrée, tu trieras plus vite et ressentiras moins de stress.
Oublie ta culpabilité par rapport au rangement
J’ai toujours eu un rapport très traumatique au rangement et à la place que j’occupe dans le monde.
Quand j’avais environ 5 ans, ma mère, qui en avait assez de ranger mes jouets, a décidé de prendre de la glu et de coller mes cubes pour en faire un château que je pourrais regarder ; ce serait suffisant pour s’amuser, au lieu de faire travailler mes dix doigts.
Je me souviens d’une immense impuissance et d’un sentiment de honte, d’une punition non méritée.
(Heureusement, la colle n’a pas tenu et j'ai pu recommencer à construire)
Je me souviens d’une autre situation très embarrassante, en sixième, où notre prof principale avait récupéré nos classeurs pour noter notre organisation. Elle avait eu la mauvaise surprise de découvrir des cours appartenant à d’autres matières en vrac derrière le dernier intercalaire.
Rien de bien grave. Après tout, en sixième, j’avais huit ans et demi. C’est normal de ne pas tout maîtriser, mais aussi de vouloir alléger son cartable en ne prenant qu’un seul classeur. Pourtant, elle m’avait grondée et m’avait dit de mieux m’organiser sous peine d’avoir un zéro. Gros défi, quand tu sais que je me laisse facilement dépasser par les tâches les plus simples.
Consulte ici mon article sur ma neurodivergence.
Prise à partie devant toute la classe, j’ai ressenti de la honte et cette impression de saleté parfois déclenchée par le mot désorganisée. Au fil des années, j’ai fait ce que font beaucoup de personnes : j’ai intégré la critique et j’ai testé des astuces concrètes (feuilles de couleur différentes pour identifier les matières, repères visuels, rangement plus évident).
Mais je souffrais toujours de certains traumatismes et j’avais du mal à me débarrasser d’objets, vêtements, magazines obsolètes. C’est probablement de famille, puisque l’intérieur des placards de la maison familiale évoquait des tendances au hoarding. Anecdote bizarre : vu qu’on attire ce qu’on connaît mais dont on ne s’est pas encore débarrassé, j’ai habité à deux reprises chez des hoarders quand je louais une chambre ou un studio chez l’habitant.
Depuis que j’ai réfléchi à cette expérience, je me sens mieux. J’ai adopté des routines du type bilans ou resets (quotidiens, hebdomadaires, mensuels), ainsi qu'un système de classement de ma vie digitale qui s’apparente au système Johnny Decimal.
Car mieux t’organiser, c’est visualiser un environnement qui soulage avant d'installer des routines qui soutiennent cet environnement.
Tout changement demande une transformation identitaire, pas un simple suivi des règles préconisées.
Si tu es prête, commençons par faire de la place.
Avant de classer : faire de la place (minimalisme & tri)
Philosophie minimaliste
Très en vogue dans les années 2010, sans doute en réaction à la surconsommation, le minimalisme n’est pas un système de classification, mais un exercice préalable pour nous débarrasser d’objets qui nous encombrent et nous pèsent.
Une fois notre espace déblayé du superflu, trier devient plus facile.
C’est également une philosophie qui demande de se pencher sur tous les aspects de ta vie et de déterminer des workflows. Pour chaque élément que tu gardes, demande-toi : en ai-je besoin, pour faire quoi et à quelle fréquence ?
Mon minimalisme à moi ne découle pas d’une esthétique : je veux réduire l’entretien (surtout quand il faut déplacer des meubles pour nettoyer).
Prendre des notes est également important : si je capture une idée de film à voir, je programme le visionnage dans mon calendrier. En bref, je ne me surcharge pas de décisions et je réduis le scrolling.
J’ai déménagé plusieurs fois dans une nouvelle ville ou un nouveau pays, parfois, sans prendre grand-chose. Cette liberté qu’on retrouve également quand on se pose dans une chambre d’hôtel ravive mon pouvoir de création. C'est un espace liminaire qui est confortable, mais dans lequel aucune expérience passée ne nous entrave.
Je ne t’encourage pas à te débarrasser de tout ou à faire une retraite, mais Tiago Forte (dont je te parle plus tard) propose une approche radicale du tri de tes fichiers : place tout dans Archives et ne ressors dans Projets, Areas et Ressources que ce qui compte vraiment pour toi, maintenant.
Le vide initial relance l’action.
KonMari
Je pourrais passer des heures à parler de la méthode KonMari, particulièrement de la bande dessinée inspirée du livre de Marie Kondô, car elle permet de mieux visualiser l’importance de cet exercice qui prend idéalement plusieurs semaines.
Pourquoi est-ce que je parle de la méthode KonMari dans un article sur les systèmes de classement ? Simplement parce qu’il exige de classer toutes ses possessions selon 5 catégories :
- vêtements
- livres
- papiers
- komono (objets divers)
- souvenirs et objets sentimentaux.
Pour te renseigner, tu peux bloquer du temps pour regarder au moins un épisode des deux séries disponibles sur Netflix : L'art du rangement avec Marie Kondô (2019), où elle aide des familles à désencombrer leur maison, et L'Étincelle du bonheur avec Marie Kondô (2021), centrée sur l’organisation professionnelle.
Les profils des participants sont variés : une veuve, un couple de retraités, un couple gay qui veut paraître plus adulte, de futurs parents désirant faire de la place pour le bébé…
Voir la réaction de véritables personnes face au tri est vraiment touchant. Chaque personne bute sur des catégories différentes. Par exemple, pour le couple gay, l’un d’eux a facilement dit au revoir à ses vêtements inutiles, mais a galéré pour les livres. L’autre a eu du mal pour les papiers, qui comprenaient des notes prises à la main durant ses études. Quelque chose de très important pour un écrivain.
Ce qui m’intéresse dans la méthode KonMari, c’est l’exercice de visualisation effectué au préalable. Or, il peut être difficile à réaliser quand on souffre de paralysie décisionnelle ou qu’on a du mal à se projeter derrière les piles d’objets. Pour t’y préparer, tu peux télécharger mon activité offerte, Le Fil d’Or, qui t’aidera à te poser les questions essentielles avant de créer tes routines et de commencer à t’organiser.
Pour moi, la vie idéale version KonMari se reconnaît à des gestes simples qui deviennent des habitudes :
- vider son sac chaque soir
- gérer ses placards avec une technique de pliage et d’accrochage des vêtements
- effectuer un tri lucide et total de tous ses livres et tous ses papiers.
Ce qui m’a le plus bloquée quand j’ai fait du tri par catégorie, ce sont les piles de notes, les livres jamais lus et les listes de films que je n’aurais jamais le temps de consommer. Avant, je croulais sous le poids des choses à traiter, au point de m’éparpiller… ou de rester bloquée.
Si tu veux prolonger ta réflexion sur le rangement, je te propose également la lecture de ces deux ouvrages :
- La vie en ordre de Margareta Magnusson
- Le grand débarras: Ou l'art de faire le vide de Nagisa Tatsumi
Systèmes de classement : deux approches (Johnny Decimal & PARA)
Voyons à présent deux systèmes de classement qui fonctionnent parfaitement pour ta vie numérique.
Johnny Decimal
J’ai travaillé dans des bibliothèques à de multiples reprises : en tant que monitrice durant mes études, pour aider à monter un projet quand j’étais assistante de français à Glasgow, puis pendant mon service de volontariat international à Dale i Sunnfjord, en Norvège.
Autant dire que fut un temps où la classification Dewey n’avait plus aucun secret pour moi.
Pendant mon séjour à Dale, j’ai également travaillé au sein du centre d’art NKD sur un projet de catalogage des objets présents dans la maison attenante. J’avais développé mon propre système de classement.
Je JD est un système très important pour moi, car il m’a inspirée pour la création de la Pyramide. L’avantage est que s’il n’appartient qu’à toi, j’ai intégré au mien la pyramide de Maslow. C’est donc facile de trier et de repérer où se classent mes fichiers digitaux par ordre d’importance dans ma réalisation personnelle.
En bref, créé par Johnny Noble, le système Johnny Decimal est une méthode de classification numérique inspirée de systèmes bibliothéconomiques de type Dewey.
L’idée : donner une identité claire à chaque élément (ressource, projet, dossier, fichier) via une nomenclature stable.
Le cœur du Johnny Decimal tient en une phrase : construire une arborescence volontairement limitée (par paliers de 10), puis numéroter chaque zone pour retrouver tout vite, partout.
Principe (grâce à la métaphore des bibliothèques Billy, Scandinavie oblige)
En gros, imagine que tu partes à IKEA acheter 10 bibliothèques Billy. Tu n’es d’ailleurs pas forcée de toutes les utiliser.
Aligne-les et assigne à chacune une catégorie : un domaine de vie, une zone de ton business, un type de ressources…
- Tu définis 10 catégories max (00 à 90).
- Chaque catégorie se découpe en 10 sections max (00.10, 00.20, …).
- Chaque section peut se découper en 10 sous-sections max (00.10.01, 00.10.02, …) selon ton niveau de détail.
Exemple pratique
Par exemple : disons que la troisième section sera consacrée à ton apprentissage des langues. Tes sous-dossiers seront donc :
- 03.10 : méthodes de langues
- 03.20 : dictionnaires
- 03.30 : ressources audio
- etc.
Pourquoi ça m’a influencée pour La Pyramide
Ce système a véritablement influencé mon système propriétaire La Pyramide, car lorsque je suis revenue sur Obsidian en 2025 pour tenter de réfléchir à mon organisation, JD est le système que j’ai choisi.
Réfléchir à une nomenclature unique pour tous mes fichiers digitaux m’a aidée à reprendre le contrôle en définissant clairement des zones d’intérêt au sein de mon business et de ma vie privée.
Voici une capture d’écran de mon propre système de classement Johnny Decimal fin 2025, alors que j’étais en pleine création de La Pyramide.

Créer des catégories pour tous les aspects de ta vie te donne une vision holistique de tes actions et t’aidera certainement à trouver la forme d’alignement qu’on appelle parfois l’ikigai.
Dans mon cas, le socle de ma pyramide représente des besoins incompressibles (logement, argent, nourriture). Puis on monte progressivement vers le dépassement de soi.
Les détails sont fignolés au fil des besoins.
Donc, pour chaque fichier, idée, capture, formation que je rencontre, je sais exactement si ça part plutôt vers le socle stabilisateur ou le sommet du dépassement de soi.
Maximaliste, mais pas sans limites
Attention, maximaliste ne veut pas dire sans limites. Le JD est un système qui :
- limite volontairement le champ d’action ;
- impose un vrai travail de réflexion (mapping) en amont : vie, activités, ressources. Ça peut être écrasant si on ne déblaie pas au préalable.
Points forts et points faibles
Points forts
- Permet de retrouver l’information rapidement
- Donne une identité stable à chaque dossier / fichier
- Système 100 % personnel et personnalisable
Points faibles
- Force à se limiter au sein d’une structure : il faut bien réfléchir AVANT de renommer des dizaines de fichiers
- La charge mentale peut être lourde le temps d’intégrer à quoi correspondent les numéros
- Le classement initial exige une transparence absolue, à la KonMari. C’est donc psychologiquement difficile pour celles qui ressentent encore de la honte vis-à-vis de leurs possessions ou de leur tendance à accumuler.
→ Le système Johnny Decimal demande donc un engagement intensif durant le tri initial. Cependant, c’est une réflexion qui vaut vraiment le coup.
Le système PARA (inventé par Tiago Forte)
J’ai découvert PARA grâce à Marie Poulin lorsque j’ai rejoint sa formation Notion Mastery en 2021. À l’époque, c’était le système qu’elle utilisait pour gérer ses espaces de travail sur Notion.
J’avoue, sur Notion, PARA m’a dépassée pour une raison simple : j’avais besoin de “bases” (pour gérer le temps, garder différents types de documents business, structurer la création de contenus). Or mon Notion est vite devenu une interface de travail faite de tableaux, de vues, de tableaux de bord. Le dashboarding s’est imposé, et PARA ne suffit pas à lui seul à organiser une interface dynamique.
Sur OneDrive, en revanche, PARA reste pertinent parce qu’on parle de fichiers : on consulte, on efface, on transfère en Archives.
L’idée centrale de PARA est simple : 4 dossiers principaux, accessibles au quotidien ou ponctuellement, pour rester organisée sans t’encombrer.
Les 4 dossiers de PARA

- Projets
Ce que tu es en train de faire en ce moment.
Ils regroupent tes actions actives et les objectifs que tu vises.
- Areas (domaines)
Les domaines de ta vie pro ou perso dont tu es responsable (assurance habitation, finances, etc.).
- Ressources
Tout ce qui soutient tes activités et ta capacité à mener à bien tes projets.
- Archives
Tout ce qui n’est pas actif pour le moment, et que tu peux te sortir de la tête.
Pour savoir ce qui est actif sans culpabiliser, je garde une règle opérationnelle très simple :
🔺si tu peux nommer un objectif et une date butoir, c’est un projet.
🔺si tu peux nommer une routine et une vision, c’est une area (un domaine).
🔺si tu sais que tu vas t’en servir dans un futur proche, c’est une ressource.
🔺sinon, ça part en archives… ou ça disparaît.
Dans mon quotidien, le dossier le plus pollué était celui où je mélangeais Areas et Ressources : il se transformait vite en dépotoir de fichiers “peut-être” que je n’exploitais pas autant que je le devrais.
Exemple : mon OneDrive
Le geste initial est extrêmement simple. Crée 4 dossiers
Voici une capture des dossiers principaux de mon propre OneDrive :

Workflow (logique d’organisation)

En termes de workflow, il te suffit de :
- Déterminer tes domaines (areas).
- Définir des objectifs de maintien ou de croissance.
- Les atteindre via des projets constitués de tâches.
- Utiliser les ressources comme soutien.
- Basculer les documents de référence dans les archives quand ils ne sont plus actifs.
L’étape la plus décisive, pour moi, c’est la définition des domaines : c’est là que tout se joue, et c’est aussi l’étape qui rejoint KonMari et mon propre système.
En fait, tout repose toujours sur la vision d’une vie idéale.
Points forts et points faibles
Points forts
- Minimaliste
- Actionable (orientée action)
- Peut se diviser en sous-catégories adaptées à la vie de chaque utilisatrice
Points faibles
- Ne convient plus à des espaces Notion trop complexes
- Demande un entretien constant pour déplacer et archiver les fichiers
→ Si tu cherches à débroussailler rapidement ton organisation personnelle, organise ton système de stockage principal avec la méthode PARA. C’est une bonne manière de reprendre les choses en main avant de t’attaquer à mon système de classement propriétaire La Pyramide.
Si tu veux approfondir, voici la page officielle de Tiago Forte : Page officielle de Tiago Forte (en anglais)
Conclusion : choisir ton niveau de structure (et t’y tenir)
Si je devais résumer : commence par faire de la place puis choisis un système de classement cohérent avec ta réalité.
KonMari est parfait pour entretenir ta résidence personnelle.
Johnny Decimal est puissant si tu aimes la structure et la nomenclature.
PARA est redoutable si tu veux revenir à l’essentiel et t’appuyer sur l’action.
L’important n’est pas de trouver la meilleure méthode, mais de visualiser ta vie rêvée et de créer des routines qui te portent même lorsque ton énergie ou ta concentration sont réduites.




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