Quand j’ai commencé à réécrire ma trilogie Sauter le pas, je pensais garder mes personnages presque intacts.
Pourtant, au fil des pages, beaucoup de choses ont changé, comme si eux aussi avaient franchi un pas de plus et prenaient forme.
J’aimerais te parler aujourd’hui des symboles qui sous-tendent l’action de Labyrinthe (titre provisoire du tome 2).
Le soleil et la couleur dorée
Sous le ciel norvégien
Premier point important : le décor a migré.
Adieu Lyon et la petite ville imaginaire de Granfleur. Bonjour, crachin quotidien à Bergen et Oslo.
Je me documente encore pour que cette transposition soit juste, mais la lumière n’est plus la même.
Dans la première version, la statue dorée de la Vierge de Fourvière veillait sur les personnages.
Une lueur dorée ourlait parfois les nuages qui dansaient dans le ciel au-dessus de la colline.

Aujourd’hui, tout est devenu plus nordique.
Plus froid, plus sobre, mais aussi plus brut, plus vrai.
Un soleil différent
Autre glissement : Sophie est devenue Sunny. On a perdu la sagesse du grec sophia, mais on a gagné le symbole du soleil, celui que Sunny a laissé derrière elle en quittant le Ghana pour une banlieue de Bergen.
Cette lumière manquante, à la fois chaleur et fanal, traverse tout le roman.
Elle rejoint aussi celle de Jonah, un peintre en reconstruction après un harcèlement au travail. L’or est sa couleur, son refuge. Plus il se libère de l’emprise de sa cheffe, trouvant sa voie et trouvant l’amour, plus ses toiles s’emplissent de lumière.
Ses levers de soleil deviennent des midis éclatants.
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Méduse, la Gorgone
Dans Labyrinthe, la figure de Méduse hante plusieurs personnages.
Il y a d’abord Gerda, la cheffe-comptable, dont la simple présence pétrifie ses collègues.
Mais il y a aussi Morrigan, ancienne mentor de Sunny, femme flamboyante aux dreadlocks rousses qui évoquent des serpents. Autrefois admirée, elle finit par incarner ce que Sunny ne veut pas devenir : une liberté figée, sans évolution, un peu paumée.
Morrigan s’est elle-même automédusée.
Une image qui me fascine : cette manière qu’on a parfois de se pétrifier soi-même à force de vouloir rester libre.
Le labyrinthe
Le labyrinthe, c’est d’abord une image mentale, une métaphore de l’adolescence.

Sunny, plus assurée qu’Emma dans le premier tome, vit pourtant enfermée dans ses propres murailles.
Ce sont ces défenses invisibles qu’elle a construites pour se protéger, mais qui l’isolent.
En arrivant dans un pays dont elle ne parle pas la langue, elle découvre ce sentiment d’être avec les autres, sans jamais être parmi eux.
J’ai moi-même ressenti cela en m’installant en Norvège sans en comprendre la langue :
cette impression de détachement, comme si une vitre invisible nous séparait du monde.
Le labyrinthe, dans ce tome, est à la fois un piège et un cheminement.
Il symbolise la peur de se perdre, mais aussi la possibilité de se retrouver.
Comme ces labyrinthes gravés au sol des églises gothiques, il provoque un pèlerinage intérieur, un parcours initiatique.
Conclusion
C’est exactement ce que j’avais envie d’écrire pour un roman jeunesse : une traversée semée d’embûches, mais éclairée par la promesse d’un horizon plus haut.



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