Tu connais la phrase de Tolkien : tous ceux qui errent ne sont pas perdus.
C’est ma devise pour moi et mes personnages.
L’écriture de Rêverie en est un exemple parfait.
Ce roman ne découle pas d’un tracé droit au cordeau, mais d’une succession de détours : d’abord nouvelle de Noël parodique, puis roman court, puis récit en “je”, puis en “elle”, puis au passé… avant que la forme chorale ne s’impose pour révéler enfin l’histoire telle qu’elle devait être.
Chaque version m’a permis de cartographier mes images mentales et de comprendre mes personnages différemment.
Dans ce cas, trouver la bonne voix a signifié trouver la bonne voie.
Mes personnages passent leur temps à errer
Mes personnages font des erreurs. Constamment. Ils sont humains, dans leur propre monde.
Sunny (“Sauter le pas”) cherche encore un ancrage.
Déracinée enfant, elle garde des séquelles dont elle s’abrite en courant partout.
Elle enchaîne les petits boulots, traverse la capitale, prend le train pour rentrer à Bergen, songe à tout plaquer pour recommencer ailleurs.
Emma, elle, se réfugie dans des romances et des rêveries compulsives : un univers chevaleresque plus honorable que la réalité.
Mais errer éternellement sur une lande écossaise imaginaire la freine.
Elle devra mettre pied à terre pour prendre sa vie à bras-le-corps.
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Errer comme résistance au conformisme
Morrigan l’incarne à sa manière.
Dreadlocks orange empilées sur son crâne, bagout, intermittente du spectacle.
Au début, Sunny l’admirait, puis elle a fini par être plus critique.
Si la précarité professionnelle à l’aube de la trentaine est le prix de la liberté, elle ne sait pas si elle va accepter ce compromis
Je connais cette existence.
Moi aussi, j’ai eu énormément de mal à découvrir qui j’étais vraiment.
J’ai beaucoup fui pour échapper à des pressions, à ma condition sociale ou à des conjonctures économiques ou professionnelles qui me poussent à trouver du travail dans d’autres quartiers, dans d’autres villes, dans d’autres pays que ceux de ma naissance.
Bref, un autre destin.
Ma carrière de traductrice aussi est un détour devenu route principale.
Je ne sais pas si je la suivrai jusqu’à la retraite.
Je sais seulement qu’elle m’a offert une trajectoire inattendue au cours des 10 dernières années.
Comme quoi, comme Sunny, je donne un coup de pied dans le mythe de la trajectoire parfaite.
On n’est pas perdue… juste en transition
Liam refuse le chemin tracé par ses parents.
Reprendre l’entreprise familiale ? Peut-être. Peut-être pas.
Jonah, lui, croyait avoir trouvé une “bonne planque”. Jusqu’à ce que sa cheffe, la méduse, lui rende la vie complètement impossible, l’obligeant à faire face à son propre désir de création.
Quand un personnage s’écarte du chemin attendu, il ne se perd pas.
Il se découvre.
Et moi, je réfléchis à mes propres errances, et le prix que j’ai payer pour entretenir une certaine liberté.
Conclusion : comment savoir qu’on est sur la bonne voie ?
La bonne voie n’est pas le chemin tout tracé, mais celui qu’on trace en marchant.
Se connaître est un privilège et l’errance n’est pas un échec.
La destination n’est peut-être pas celle du départ, mais elle est toujours la nôtre.




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