Muséographie

La collection Burrell m’a enseigné la muséographie

Introduction : une leçon de muséographie venue de Glasgow

Muséographie : ensemble des techniques, méthodes et pratiques de conception et d’organisation des musées et des expositions.

Qu’est-ce que ça a à voir avec mon travail de traductrice et conceptrice d’espaces Notion ?

Laisse-moi t’en parler.

Il y a une vingtaine d’années, j’ai vécu à Glasgow pendant un peu plus de deux ans. Cité historique, c'est également une ville vibrante de culture. Je sortais toutes les semaines : musées, expos, restos avec des amis, promenades dans la nature environnante. Je n’avais encore jamais vécu une telle animation et je n’ai plus jamais retrouvé cette sensation. Et encore moins celle que j’ai ressentie en découvrant pour la première fois la collection Burrell, nichée au centre de Pollok Park.

Angélique Olivia à la nécropole de Glasgow
Moi à 24 ans, à la Nécropole de Glasgow, quelques jours après mon arrivée.

Collection éclectique de plus de 8000 œuvres, elle est exposée dans un bâtiment en forme de L construit par John Meunier, Barry Gasson et Brit Andersen au début des années 1980. La spécificité du musée est qu’il est conçu spécifiquement autour de la collection, intégrant même des arches médiévales dans la maçonnerie de son entrée.

Au fil des visites, la collection Burrell m’a donc fait comprendre que la muséographie ne consiste pas seulement à montrer des œuvres, mais à leur fabriquer un écrin qui leur laisse suffisamment d’air pour exister pleinement.

Les week-ends répétés que j’y ai passés m’ont surtout appris à regarder l’intervalle entre les choses : cet espace qui fait ressortir, presque physiquement, ce qui est précieux.

Ce que j’appelle précieux (et pourquoi ce mot compte)

Pour moi, précieux ne veut pas dire rare ou cher. L'adjectif s'applique à des objets ou des documents rassemblés avec amour, attention et curiosité : des instants de vie, des idées, des traces de courants esthétiques, parfois des pièces uniques.

Leur valeur vient du lien qu’on tisse avec eux et de la manière dont on les met en présence (dans un musée, comme dans un système d’organisation).

Beauté, émotion, histoire, sécurité : 4 registres de valeur

Dans le système de classement que je suis en train de développer, La Pyramide, je mets l’accent sur les besoins, les objectifs.

Les valeurs que j’assigne à une image ou un PDF sont indissociables du besoin que j’en ai :

🔺Esthétique : utile quand on travaille dans des industries visuelles (branding ou design).

🔺Émotion : un révélateur intime (ce qui nous fait vibrer, ce qui nous apaise, ce qui nous attire). C’est à la base de ma catégorie “Inspiration”.

🔺Histoire / mémoire : un lien à une époque, à une trajectoire, à un récit (le nôtre ou celui des autres). Je le retrouve dans ma base de données Journal.

🔺Sécurité / finance : la valeur matérielle peut compter, ou découler d’idées et de conditions de vie qui protègent notre stabilité. C’est le principe qui sous-tend une des catégories socle de la Pyramide, la section “Sécuriser”.

À quel visiteur on s’adresse (dans la vie ou dans un système d’organisation)

Quand j’ai commencé à créer des dashboards sur Notion, je le faisais pour moi, dans le but d’apprendre à manier l’outil ou pour le simple plaisir de créer.

Je n’ai jamais vraiment songé à designer pour d’autres avant que l’envie de lancer ma propre marque ne s’impose à moi.

Dans un musée, on ne regarde pas pareil selon son énergie, son temps, son degré de familiarité ou sa capacité d’attention.

Dans un système d’organisation vivant, c’est identique : je dois concevoir pour un usage réel qui varie au gré du rythme, des besoins ou d’une fatigue possible.

Toutes ces questions m’inspirent au quotidien, et je n’ai pas trouvé de meilleure étincelle que la muséographie pour mettre le feu aux poudres de mes recherches.

Mes œuvres coup de cœur… et ce qu’elles révèlent

William Burrell collectionnait tout ce qui lui tombait sous la main. Il ne faisait aucune distinction entre les vases antiques, les sculptures hagiographiques en bois ou les tapis du Moyen-Orient.

Pas forcément partisane du “tout est beau”, je pense toutefois que ce qui rend une œuvre précieuse est le rapport qu’on entretient avec elle… et la place qu’on lui octroie.

Rodin (L’Âge d’airain) : l’évidence affective

L’œuvre qui me touche le plus à la Burrell, c’est la copie de L’Âge d’airain de Rodin, ma statue préférée de toute l’histoire de l’Art.

Même si la disposition a changé depuis ma dernière visite, à l'époque, elle restait portée par son écrin : la cour, la verdure, le voisinage avec l’immense vase de Warwick provenant de la villa de l’empereur Hadrien.

La statue de Rodin a été déplacée dans l'espace principal, la galerie Nord . Par JoeDerrySetch - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=130651803

Dans ma ville natale, Nice, la statue se découpe à contre-jour sur une fenêtre. À Berlin, elle est verte, en hauteur, trônant au milieu des Impressionnistes. À Bergen, elle avait quitté l’escalier pour être exposée dans la vitrine de la boutique, où les reflets sur la glace ne la rendent parfois pas très visible. Au Victoria & Albert de Londres, elle est exposée avec “des amis”, parmi de nombreuses autres statues.

La copie de L'Âge d'airain de Rodin au musée KODE 1 de Bergen, ma ville de résidence

Collectionner les endroits où j’ai vu L’Âge d’airain m’a fait réfléchir à l’importance de l’environnement, du cadre.

Sekhmet, vitrail de la princesse Cecily, Degas, Luohan : des histoires à raconter

Je suis aussi restée en admiration devant une tête de Sekhmet, une présence si lisse et pourtant si dense qu’elle donne envie d’y faire courir les mains.

13.181 © Collection Burrell

Je pense également à un vitrail de la princesse Cecily, dont j’ai conservé une carte postale, à une peinture de Degas et à un Luohan. Celui-ci possède une particularité : il affiche une signature qui apparaît aussi sur un autre Luohan du British Museum. Cette continuité m’a poussée à mener ma petite enquête lors d’un séjour à Londres.

Et puis il y a une autre enquête médiévale : plusieurs représentations d’un disciple de Jésus possédant des traits indéniablement féminins, comme un fil narratif caché qui ferait sourire n’importe quel fan de Dan Brown. Je me souviens d’un guide qui s’était régalé de le faire remarquer, me faisant réfléchir à l’importance de la mise en scène et des histoires.

Quand l’art paraît contemporain (et quand il trahit ses limites)

Pour finir sur une note humoristique, hors contexte, certaines pièces égyptiennes paraissent incroyablement contemporaines. Je me souviens que mon amie, guide bénévole pour le musée, a comparé un plat égyptien à un modèle disponible chez IKEA.

Les tableaux aussi montrent des figures qui nous ressemblent : on s’y reconnaît plus qu’on ne l’admet parfois.

En même temps, le contexte historique se trahit dans des détails presque comiques : des animaux sur des tapisseries (éléphants, baleines, lions) sont si déformés qu’ils semblent inventés, comme si l’artiste n’en avait jamais vu de sa vie. C’est plus que certainement le cas, d’ailleurs.

Cette distance avec la réalité n’annule pas la qualité artistique : elle la rend plus intéressante et interroge sur la communication en matière d’art. Comment peut-on produire selon des instructions pas toujours très précises ?

La collection d’abord : un bâtiment pensé pour les œuvres, pas le contraire

Explorer la Burrell, ce n’est donc pas entrer dans une architecture qui accueille de l’art : c’est pénétrer dans une enveloppe pensée pour une collection existante.

Un exemple concret : la galerie des vitraux

La galerie des vitraux est, pour moi, l’exemple le plus parlant : elle laisse le soleil traverser, mais elle prévoit aussi des stores quand la lumière devient trop forte. On voit, littéralement, la double intention : montrer et protéger. Ce n’est pas un compromis : c’est une mise en scène qui assume la conservation.

Par JoeDerrySetch - Own work, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=130651810

Mélanger les époques sans que ça clashe

Quand l’espace est bien dosé, on peut jouer sur les contrastes.

Dans la collection, les pièces ne sont pas jetées çà et là pour jouer sur le clash : elles sont choisies pour ne pas s’étouffer mutuellement. Ainsi, une assiette minimaliste peut côtoyer une porte sculptée médiévale sans surcharger les yeux, car les distances absorbent le contraste.

Un parcours existe malgré tout : contraintes de conservation et choix de classification

Bien sûr, tout n’est pas entièrement déconstruit et un parcours existe : certains objets doivent rester en chambre froide ; les quelques tableaux se trouvent à l’étage, exposés selon une classification par période.

Mais dès qu’on pénètre dans la galerie Nord ouverte sur le parc, c’est autre chose qui prend le dessus : la beauté du lieu. Explorer l’art devient presque un prétexte pour redécouvrir la nature au-delà des baies vitrées… et c’est précisément là que la muséographie agit, en créant une expérience de consommation de l’art entièrement unique.

Par dalbera from Paris, France - The Burrell Collection (Glasgow), CC BY 2.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=24672167

Ce que ce modèle permet… et ce qu’il limite

Je ne crois pas à une hiérarchie simple : « la collection d’abord » n’est pas une manière de procéder supérieure aux musées narratifs ou aux musées-bâtiments.

C’est une autre manière d’organiser l’attention.

Elle permet une relation plus libre, plus personnelle, et elle implique aussi des limites, notamment quand il s’agit de renouveler un espace pensé pour une collection relativement stable.

Pourquoi je n’ai pas ressenti de frustration dans des musées classiques

Je n’ai d’ailleurs ressenti aucune frustration au British Museum, au Victoria & Albert, ou sur l’île aux Musées de Berlin.

J’aime aussi les moments où les musées racontent une histoire.

Je pense, par exemple, à ces dispositifs où Hadrien et Antinoüs sont placés face à face ou l'un à côté de l'autre.

Jim Kuhn, CC BY-SA 4.0 https://creativecommons.org/licenses/by-sa/4.0, via Wikimedia Commons

Je revois une scène au musée de Pergame, à Berlin, pendant l’exposition « Le retour des Dieux » (2009, si je me souviens bien) : je suis entrée dans une salle, j’ai repéré un buste d’Hadrien, et j’ai suivi son regard, certaine qu’il finirait par se poser sur la statue de son amant.

Il y a également des musées que je n’ai visités qu’une seule fois, comme le musée Marc-Chagall de Nice ou le musée Old Masters de Bruxelles. Heureusement que les œuvres exposées se restreignaient à un artiste, une époque ou un support précis, sans quoi je n’en garderais pas le moindre souvenir.

Une limite : renouveler les espaces (et le rôle des expositions temporaires)

Tirons une leçon opérationnelle : quand on construit autour d’une collection existante en intégrant des éléments dans la maçonnerie même des murs, il faut accepter l’impossibilité de renouveler les espaces aussi souvent qu’on le voudrait. (Sur bien des plans, c’est vrai aussi pour des musées plus traditionnels.)

D’où l’importance d’espaces destinés aux expositions temporaires : des zones où l’on peut déplacer, essayer, reconfigurer, sans toucher au cœur.

C’est une piste très concrète quand on pense à ses propres espaces de travail, dans lesquels tu dois prévoir un bac à sable, un espace d’essai et de test.

Dans mon cas, mon dashboard “Inspirations” comporte une expo temporaire de mes inspirations visuelles du moment. Je réactualise mes favoris au fil des semaines.

La vraie leçon : la valeur de l’intervalle

Ce que je ramène vraiment de la Burrell, c’est une idée simple : la valeur d’une pièce se voit aussi dans l’espace qui la détoure. L’intervalle n’est pas du vide inutile, mais une condition de la perception.

On dit parfois qu’une partie essentielle de la musique, ce sont les intervalles de silence entre les notes. Ici, c’est pareil : l’air entre les œuvres fait ressortir leur gloire.

C’est la même chose dans mes dashboards Notion. J’aime faire respirer les éléments et ne pas surcharger mes espaces.

L’espace qui respire : ne pas surcharger, laisser circuler le regard et le corps

Ma philosophie de designer en herbe : l’attention a besoin de vide pour aborder et reconnaître ce qui compte. Car lorsqu'un élément devient visible, lisible, il est utile et actionnable.

Conclusion : concevoir des écrins, pas des entrepôts

Voilà, en près de 2000 mots, comment la collection Burrell m’a introduite à la muséographie, qui a profondément influencé à son tour ma conception d’espaces de travail sur Notion, mais aussi la création de mon propre système de classement. Avec La Pyramide, je transpose la muséographie à l’organisation pro et perso.

Pour réfléchir à tes propres goûts en matière d’esthétique, je te propose de réaliser mon activité offerte : Le Fil d’Or. En 2 heures, tu auras répondu à des questionnaires qui t’aideront à comprendre ton fonctionnement pour créer des routines durables et t’envoler vers ta vie rêvée.

J'aimerais connaître tes impressions sur les musées ou expos qui t'ont inspirée. Parfois, il suffit d'un rien, d'une rencontre, d'une mise en scène, pour que tout s'illumine.

À propos de l'auteure

Passionnée par Notion et les systèmes d’organisation, j’aime explorer en permanence de nouveaux outils. J’espère parvenir à t’inspirer et t’encourager dans ton ascension vers le sommet de la Pyramide.

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